Miracle

La Science de l’Être et le Miracle de la Vie

CHAPITRE II

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Rencontre avec un Maître

Les êtres humains pensent incarner la forme de vie la plus intelligente sur Terre. Ils le pensent parce qu’ils ont acquis un certain savoir dans d’innombrables domaines. Pourtant, cela ne suffit pas à revendiquer leur appartenance à la forme de vie la plus aboutie de la planète. Il existe un règne méconnu : le règne suprahumain. Il s’agit d’une forme de vie très élaborée qui accompagne et guide notre évolution. Elle réside sur un plan supérieur d’existence et veille sur les affaires de notre monde. Dans plusieurs traditions religieuses, dont le christianisme, le judaïsme et l’islam, les anges sont des êtres créés par Dieu avant les hommes. Leur rôle est de transmettre les messages du divin et de descendre dans la matière afin d’y accomplir de nobles œuvres. Plusieurs anges sont désignés par leur nom dans les textes bibliques, et bien davantage dans la tradition kabbalistique.

De nombreuses traditions à travers le monde font état d’entités invisibles présentes à nos côtés. Elles existent sur des plans d’existence parallèles, dans des dimensions vibratoires très pures où la dualité n’existe pas. Ces entités apparaissent parfois ou se laissent percevoir par nos sens dans certaines circonstances. On les décrit alors comme auréolées de lumière ou parées d’ailes immaculées. En réalité, les ailes des anges relèvent de la légende. Ce que nous percevons comme des ailes serait constitué d’effluves auriques, d’énergies subtiles et de lumières très volatiles qui flottent autour de l’être de lumière. Ces anges présents sur Terre connaissent parfaitement la nature profonde de l’être humain et les raisons de notre venue ici-bas. Si vous avez l’esprit ouvert et ne craignez pas l’inconnu, ils viennent à vous et vous aident à trouver votre chemin.

Avec un certain travail intérieur, vous pourrez ressentir leur présence et communiquer avec eux. Cela n’a rien d’extraordinaire pour eux. Viendra un temps où cela vous semblera tout aussi naturel. Ces êtres de lumière sont purs, rayonnants de beauté et de vérité. À leur contact, dès que vous prenez conscience de leur existence, vos difficultés se transforment curieusement en une montagne étincelante de lumière, de force et de vérité.
Un être de lumière m’a confié qu’il était venu sur Terre pour moi et qu’il resterait à mes côtés pour m’aider à progresser. Ai-je rêvé ? Curieusement, depuis ce jour, j’ai appris à me connaître et je me suis fortifié de jour en jour. J’ai découvert que notre destin se tisse entre le ciel, la terre et les âmes avec lesquelles nous partageons notre vie. Chaque jour, le soleil en offre une illustration en diffusant naturellement sa chaleur, sa puissance et sa grandeur, sans rien demander en retour.

 

Le commencement

 

« J’ai reçu trois initiations : la première avec Kaly, la deuxième avec mon ami André, un diététicien et guérisseur qui habitait au Pont de l’Est, à Tahiti, et la troisième avec Swami Chetan, également à Tahiti, quelques jours après sa mémorable conférence ! »

 

Lors d’une soirée organisée chez des amis, je participai à une séance de magnétisme. J’étais alors en proie à un intense mal de tête. Je demandai à un ami, Dominique, s’il pouvait me donner un cachet d’aspirine. Il me répondit qu’il n’en utilisait pas.

— Si tu veux, je peux tenter de te soulager par magnétisme.
— Tu veux dire que tu es guérisseur ?
— Disons simplement que, par l’imposition des mains sur ton aura, je peux tenter de te soulager. Pour être guérisseur, il faut posséder de grandes qualités d’âme, connaître les bases de la médecine et, surtout, avoir une grande expérience de la transmission des fluides, à moins de posséder naturellement ce don. Le sentiment essentiel pour guérir autrui est l’amour. On ne peut aider dans ce domaine que si l’on possède une réelle sensibilité au bien commun.

Je trouvai cette suggestion surprenante et me demandai silencieusement dans quelle secte j’avais mis les pieds. J’eus le sentiment qu’il avait deviné mes pensées. Il me dit :

— Tu n’as rien à craindre, crois-moi, il s’agit de passes atlantes. C’est une discipline pratiquée depuis les temps les plus reculés par des disciples qui ont toujours respecté la personne humaine. À mes yeux, c’est une pratique naturelle, sans contre-indication. Un jour viendra où nos jeunes étudieront ces sujets demeurés si longtemps occultes. Quand l’humanité prendra conscience des bienfaits du magnétisme et des médecines parallèles, le monde progressera considérablement.

J’étais un peu gêné, mais j’acceptai sans trop y croire. Je m’assis sur un tabouret et il fit de même. Il prit mes poignets dans ses mains. Je sentis sa respiration ralentir, puis, étrangement, la mienne aussi. Une sensation inconnue m’envahit. J’avais l’habitude de la relaxation et de la méditation, mais je n’avais jamais ressenti une forme d’énergie consciemment dirigée vers moi.

Mes paupières s’alourdirent subitement. Une paix indéfinissable m’envahit. Ce calme soudain me fit prendre conscience de l’état de tension dans lequel je me trouvais quelques instants auparavant. Je me détendis à tel point que je sombrai dans un sommeil très agréable. Je me sentais entouré d’amis invisibles qui m’observaient et prenaient soin de moi. Ils semblaient bien me connaître. Je me souviens d’une phrase perçue durant ce sommeil :

« Aie confiance, le moment est venu pour toi de rencontrer de nouveaux amis et de réaliser ton destin. »

 

Premier voyage Astral

Je sombrai dans un songe étrange.

J’étais assis au sommet d’une haute falaise. Autour de moi, aux quatre points cardinaux, des hommes semblables à ceux de la préhistoire me regardaient d’un air menaçant. Je sentais qu’ils attendaient le moindre mouvement pour me bondir dessus. Je compris que ma seule issue était de me jeter dans le vide. J’entendis alors une voix :

— Saute, aie confiance. Une issue s’offre à toi si tu écoutes ta voix intérieure.

Je ne sais comment, mais je m’élançai et me retrouvai entraîné dans une chute vertigineuse. Plus je descendais, plus la lumière s’effaçait pour laisser place à l’obscurité.

Je vis alors un cylindre argenté arriver à vive allure, en émettant un son à la fois grave et aigu. Je le saisis et fus emporté vers le haut avec une telle rapidité que je sentis mon sang parcourir tout mon corps en un instant. Je parvins à la hauteur de la falaise, puis continuai de m’élever. Les individus étaient toujours postés au même endroit.

À leur expression figée, je compris qu’ils étaient semblables à des statues, immobiles depuis toujours. La peur était en moi. Elle était une illusion nourrie par mes angoisses existentielles.

Je volais désormais comme un oiseau dans un ciel bleu. Je m’aperçus que je ne tenais plus le cylindre entre mes mains. Pourtant, je continuais de voler.

 

Retour dans mon corps physique

Je sentis un souffle tiède caresser mon visage. J’ouvris les yeux. Mon corps était léger comme une plume et mon mal de tête n’était plus qu’un souvenir.

avais-je fais un rêve ou an voyage Astral ?

J’entendis la voix de Dominique :

— Ne bouge pas, ne parle pas. Reprends doucement place dans ton corps physique. Respire calmement, puis étire tout ton corps, comme au réveil.

Je n’étais plus au même endroit. Je me trouvais dans une pièce très calme. J’entendais le léger ronronnement d’un moteur de diffuseur d’huiles essentielles. Je reconnu le parfum d’une  plante extraordinairement agréable, le bois de santal, une odeur délicieuse d’une profondeur inouïe ! Une tranquillité inhabituelle m’habitait. Je regardai ma montre : deux heures s’étaient écoulées.

Je me levai et me dirigeai vers le salon. Mes amis étaient réunis autour d’une table. Ils écoutaient de la musique en dégustant une infusion. Je reconnus alors ce parfum si délicat, qui semblait apaiser le cœur : celui de la marjolaine.

— Veuillez m’excuser de m’être ainsi assoupi. Je n’ai pas l’habitude de m’endormir lorsque je suis invité.

Mon apparition provoqua un fou rire général. Je n’avais pas remarqué mes cheveux ébouriffés, comme au sortir du lit. J’avais la tête du matin.

— Ne t’inquiète pas, me dit Dominique.
— Tu en avais certainement besoin, ajouta Olivier, un autre ami.

À cet instant, je compris que je me trouvais en présence de personnes hors du commun. J’étais rempli de curiosité, mais je n’osais poser de questions, de peur de paraître ridicule. Dominique m’avait semblé bien modeste lorsqu’il m’avait confié qu’il n’était pas guérisseur.

Je me souvins alors du livre de Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland. Jonathan était rejeté par les siens parce qu’il consacrait sa vie à explorer les possibilités du vol. Il recherchait la perfection, tandis que les autres goélands se préoccupaient surtout de trouver leur nourriture. Après une longue période de solitude, il rencontrait d’autres guides et découvrait des êtres capables de dépasser les limites qu’il avait toujours connues. Il revenait ensuite vers les siens pour leur transmettre ce qu’il avait appris.

 

Jonathan le Goeland

Dans mon souvenir, son message prenait ce sens :

Vous, les goélands, n’utilisez qu’une infime partie des ressources qui sont en vous. Vous passez votre vie à vous battre pour des morceaux de poisson, alors que vous portez en vous la possibilité d’explorer les questions les plus profondes de l’existence. Vous vous jugez et vous vous querellez, alors que vous pourriez unir vos forces pour accéder à des réalisations plus élevées.

Je suis monté très haut dans le ciel et j’ai découvert des horizons que je n’aurais jamais soupçonnés sans l’audace de m’élever. J’ai plongé dans le vide à des vitesses vertigineuses et ressenti une liberté dont je n’aurais jamais imaginé l’existence si je n’avais dépassé mes peurs et mes appréhensions.

La dédicace du livre me revenait également en mémoire,  » A ce Goéland qui sommeille en chacun de nous ».

 

Decouverte d’un humain peu ordinaire 

Je repris la conversation avec Dominique :

— Dominique, j’ai remarqué que ta cuisine ressemble à un véritable laboratoire d’herboriste. C’est impressionnant. Utilises-tu toutes ces plantes au quotidien ?

— Oui, je les intègre à la cuisine et aux boissons. Je réalise également des préparations à base de plantes pour les personnes qui s’intéressent aux approches naturelles.

— Comment t’est venue cette passion ?

— Ce n’est pas seulement une passion, c’est bien davantage. Cela fait partie d’un tout, d’une manière de vivre que j’ai acquise grâce à mes parents, eux-mêmes profondément attachés à cet univers. Ils m’ont appris à ne pas accepter sans discernement tout ce que la société moderne nous propose. Malgré ses connaissances et sa technologie, l’être humain ne sait pas toujours prendre soin de lui-même ni des autres.

» Pour moi, chacun devrait pouvoir trouver sur Terre le bonheur et la joie de vivre. Nous ne sommes pas ici uniquement pour souffrir. Ce n’est pas un simple slogan de communauté “Peace and Love” : c’est une conviction profonde. Chacun cherche, à sa manière, à atteindre un équilibre. L’un des plus grands bonheurs est de se sentir en paix avec son corps et son âme, car cette harmonie ouvre la voie à une relation plus paisible avec le monde.

» Pour y parvenir, il faut apprendre à donner à ton être ce dont il a besoin, et pas seulement ce dont il a envie. Dans ce domaine, cette nuance change tout.

Il poursuivit :

— Je connais un homme qui a passé la première partie de sa vie à malmener son corps, sans tenir compte de ses besoins les plus élémentaires. Il mangeait chaque jour au restaurant, souvent au-delà de sa faim, fumait plus d’un paquet de cigarettes, buvait régulièrement et ne pratiquait aucune activité physique, pas même la marche.

» Il finit par rencontrer de graves problèmes de santé et fut victime de plusieurs accidents cardiovasculaires. Pendant des années, sa vie devint un cauchemar, rythmée par les consultations, les séjours à l’hôpital et de nombreux traitements quotidiens.

» Il s’était toujours montré hostile aux approches holistiques et aux thérapies naturelles. Un jour, pourtant, il vint me demander de l’aide. Avec beaucoup de persévérance et une ferme détermination, il prit conscience de la part que ses habitudes avaient pu jouer dans la dégradation de sa santé.

» Il ne devint pas végétarien, mais réduisit progressivement sa consommation de protéines animales et rééquilibra son alimentation. Il cessa de fumer et de boire, tout en introduisant des exercices et certaines préparations à base de plantes dans son quotidien. Au fil du temps, son état s’améliora et ses traitements purent être réévalués dans le cadre de son suivi médical. Il retrouva peu à peu un équilibre et une qualité de vie qu’il croyait perdus.

» Cette transformation fut si profonde qu’il abandonna ses anciennes activités pour se consacrer à l’étude des approches naturelles. Aujourd’hui, il partage son expérience et accompagne à son tour ceux qui cherchent à retrouver leur chemin.

Dominique continua :

— Si tu souhaites retrouver une harmonie profonde, il te faut envisager un changement dans ton hygiène de vie et ton alimentation. Prendre conscience de la nécessité d’une nourriture juste et équilibrée est l’une des clés pour prendre soin du corps physique. Dans la démarche spirituelle dont je te parle, cela participe aussi à un travail de purification et de connaissance de soi.

» Ton corps physique est ton ami. Il est un canal puissant par lequel tu communiques avec la vie. Plus tu en prends soin, plus tu peux affiner ton écoute et accueillir avec clarté ce qui te traverse.

» Il faut parfois du courage pour renoncer à certaines habitudes dont nous connaissons les effets néfastes. Beaucoup disent que la vie est trop courte pour se priver de ses plaisirs ou se poser trop de questions. Pourtant, les conséquences de certains excès peuvent apparaître bien des années plus tard, lorsque le corps réclame une attention que nous lui avons longtemps refusée.

» Le tabac, l’excès d’alcool, la consommation de certaines drogues, une alimentation déséquilibrée et le manque d’activité physique peuvent contribuer à de nombreuses maladies. Cela ne signifie pas qu’une bonne hygiène de vie protège de tout. L’hérédité, l’environnement et d’autres facteurs interviennent également, et des personnes très attentives à leur santé peuvent tomber malades.

» Dans ma compréhension spirituelle de l’existence, les épreuves peuvent aussi soulever des questions qui touchent à la vie de l’âme. Mais cette recherche de sens demeure intime : elle ne permet pas de juger la souffrance d’autrui ni de lui attribuer une faute.

» La maladie est devenue, pour beaucoup, une compagne de route avec laquelle il faut apprendre à vivre. Remettre en question nos habitudes peut nous aider à comprendre ce que nous faisons subir à notre corps et à découvrir combien il mérite notre attention.

» Certaines personnes, à soixante-dix ans et au-delà, courent encore plusieurs fois par semaine. Elles conservent une vitalité remarquable, une joie de vivre et une sérénité qui se lisent sur leur visage. Leur présence rappelle qu’il est possible de vieillir en cultivant un lien vivant avec son corps et avec le monde.

» Lorsque leur dernière heure arrive, certaines semblent partir paisiblement, après une existence intense, nourrie de bonheur et de partage. Elles ont été présentes à leur vie, à leurs pensées et à leurs actes. Elles ont offert le meilleur d’elles-mêmes à ceux qu’elles aimaient et quittent le monde avec le sentiment d’avoir pleinement vécu.

— Le magnétisme fait-il partie de ce tout dont tu parles ?

— Oui, bien sûr. Selon cette approche, nous possédons tous un potentiel d’énergie. Pour ceux qui le pratiquent, il s’agit d’une réalité vécue, que l’on apprend à percevoir en travaillant sur soi. Certains disent la ressentir et même la voir.

» Dans cette pratique, nous cherchons à mobiliser cette énergie pour apporter un apaisement et accompagner les personnes qui souffrent. Cette démarche doit toutefois conserver sa juste place auprès des soins dont elles peuvent avoir besoin.

Il poursuivit :

— Les récits des Écritures saintes dans lesquels Jésus guérit les malades par l’imposition des mains occupent une place importante dans cette vision spirituelle. Certaines traditions ésotériques le présentent comme un initié et le rapprochent des Esséniens. Elles interprètent aussi ses paroles comme une invitation à développer les possibilités spirituelles présentes en chaque être humain.

» J’y entends ce message : ce que vous admirez chez un maître peut aussi devenir pour vous un chemin de transformation, à condition de vous y engager avec sincérité, discipline et amour.

» À mes yeux, Jésus était un guérisseur et un maître remarquable. Il marqua son temps par la profondeur de son enseignement et par les qualités qui émanaient de lui. Sa présence et ses actes ont nourri la foi de ceux qui reconnaissaient en lui le Fils de Dieu.

» Nous n’allons pas chercher ici à trancher la question de sa nature divine ni celle de sa venue sur Terre pour le salut de l’humanité. Que chacun se réfère à ses croyances. Dans la perspective dont je te parle, il était un maître d’une envergure exceptionnelle, profondément relié aux dimensions visibles et invisibles de l’existence.

» Selon cette conception ésotérique, il pouvait communiquer avec les cinquième, sixième et septième règnes de la nature, associés aux plans subtils, notamment astral et causal, le septième étant celui du divin.

Dominique poursuivit son explication :

— Dans cette tradition, les maîtres choisissent leurs disciples parmi des êtres de toutes origines, selon leurs qualités d’âme. Ceux-ci reçoivent une instruction dont ils n’ont pas toujours immédiatement conscience.

» Certaines facultés spirituelles peuvent se révéler entre trente et quarante ans ; chez d’autres, elles apparaissent plus tard. Chaque chemin possède son rythme. L’une des épreuves les plus délicates pour un disciple consiste à conserver sa maîtrise, son discernement et sa discrétion dans un environnement peu réceptif à ce qu’il vit.

» Beaucoup de ceux qui s’engagent sur le sentier, malgré un cœur sincère, une volonté ardente et des sentiments purs, rencontrent des difficultés qui les conduisent à abandonner leur quête ou leur engagement au service des autres.

» La responsabilité grandit avec la profondeur de l’engagement. Plus une œuvre touche intimement une âme et influence son existence, plus elle exige de justesse et de discernement. C’est aussi ce qu’invite à considérer la notion de causalité, que nous retrouverons dans le chapitre consacré au bouddhisme. Dans cette perspective, Jésus était venu sur Terre investi d’une mission d’une portée exceptionnelle.

Puis il me proposa :

— Si tu le souhaites, tu peux participer à une séance de magnétisme avec notre groupe.

Je lui répondis que rien ne me ferait plus plaisir.

Il appela alors celui qu’il nommait le maître pour lui demander son accord.

 

 

le Maitre Kaly

C’est ainsi que je débutai dans la pratique de la transmission des fluides par imposition des mains. Le maître Kaly était un homme de petite taille. En sa présence, on se sentait enveloppé d’une grande sollicitude.

Je participai à une première séance de magnétisme, qui me plut beaucoup. Je demandai alors à Kaly si je pouvais rejoindre le groupe. Il m’invita à entrer dans une pièce et me posa cette question :

— Pendant combien de temps as-tu vécu parmi des jeunes qui se droguaient, et combien de tes amis ont été touchés ?

Cette question me coupa les jambes. Personne dans le groupe ne connaissait mon passé, pas même Olivier, l’ami qui m’avait présenté Dominique. Je m’assis dans un fauteuil et lui répondis :

— Une dizaine de mes amis d’enfance ont été touchés, ainsi que d’autres jeunes qui gravitaient autour du groupe que je fréquentais à cette époque.

— Pourquoi tes amis se droguaient-ils ?

— C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Je ne connais pas précisément les raisons de chacun. Je pense que la société porte aussi une part de responsabilité. En ce qui me concerne, je reconnais avoir eu plus de chance que d’autres : j’appartenais à un petit groupe de passionnés de sport, et cela nous avait donné conscience de la nécessité de préserver notre corps.

Je poursuivis :

— J’ai passé mon enfance dans une cité, comme beaucoup de jeunes de la région parisienne. Autour de moi, certains se détruisaient déjà depuis des années. J’ai grandi avec cette réalité, qui me causait beaucoup de chagrin. La drogue et l’alcool ont brisé tant de vies…

» Chez certains de mes amis, je sentais surtout le besoin de s’évader. Plusieurs parlaient de la mort avec une résignation qui me bouleversait. Lorsqu’ils ont disparu, j’ai repensé à ces conversations. J’avais parfois le sentiment que leur consommation était une manière de se retirer peu à peu d’une société dans laquelle ils ne trouvaient pas leur place. Mais je savais aussi que leurs souffrances ne pouvaient se résumer à une seule explication.

» Lorsqu’une personne s’engage dans cette spirale, elle est loin d’imaginer les épreuves qui l’attendent. Je mesure la chance que j’ai eue de traverser cette époque sans être emporté par ce fléau.

— Souhaiterais-tu participer à des actions pour le combattre ?

— Oui, j’y ai souvent pensé. J’admire ceux qui s’engagent dans cette voie. Ils défendent une cause noble : protéger les jeunes et accompagner ceux qui souffrent de dépendance. La tâche est immense. Lorsque nous apprenons que de grandes quantités de stupéfiants ont été saisies, nous pensons aux vies qu’elles ne détruiront pas. Pourtant, face à l’ampleur des trafics, cela paraît toujours insuffisant.

» Selon moi, il faut agir sur deux fronts : démanteler les réseaux de distribution, mais aussi renforcer la prévention et la prise en charge des personnes dépendantes. Il faut comprendre ce qui pousse un jeune à consommer. Le mal-être, l’isolement et le sentiment de ne pas trouver sa place y contribuent certainement.

» Dans un monde aussi troublé, je comprends que certains cherchent à oublier leurs problèmes et leurs angoisses, même temporairement, sans mesurer le prix qu’ils risquent de payer.

— Je vois que ce sujet te touche profondément. Quel regard portes-tu sur les autorités de ce pays ?

— Plus jeune, j’étais rebelle à l’autorité. Beaucoup de jeunes traversent cette période. Le groupe exerce une influence considérable et, lorsque l’on se cherche encore, il est parfois plus facile de suivre ses amis que d’affirmer ses propres choix.

» Avec le temps, j’ai compris combien il était nécessaire de lutter contre ceux qui profitent de la vulnérabilité des autres. Il m’est pénible de penser que certains s’enrichissent en exposant tant de vies à la dépendance.

— T’a-t-on déjà expliqué ce que les drogues provoquent dans l’organisme ?

— J’en ai une vague idée, répondis-je.

— Les substances psychoactives agissent notamment sur le système nerveux. Selon les produits, elles peuvent modifier les perceptions, l’humeur et l’état de conscience. Certaines donnent une impression de force, d’ouverture ou de facilité à communiquer. D’autres semblent apaiser momentanément les douleurs et les conflits intérieurs. Mais ces effets peuvent aussi s’accompagner d’angoisse, de confusion et de dangers importants. Avec la dépendance, la recherche du soulagement peut devenir elle-même une source de souffrance.

Kaly aborda ensuite la question selon sa conception spirituelle :

— Dans l’enseignement que je transmets, nous considérons que certaines expériences intérieures demandent une préparation patiente. Vouloir forcer l’accès à des états inhabituels peut profondément déstabiliser celui qui les recherche. Une perception intense n’est pas nécessairement une compréhension, et l’impression d’avoir franchi une limite ne signifie pas que l’on soit prêt à vivre ce qui se présente.

» Imagine un véhicule auquel on demanderait soudain de dépasser toutes ses capacités. Il pourrait aller plus vite pendant quelques instants, mais au risque d’être gravement endommagé. Et son conducteur n’aurait pas eu le temps de contempler ni de comprendre le paysage.

Puis il revint à ma demande :

— À présent, il te faut apprendre à ne plus laisser cet épisode de ta vie gouverner ton présent. Les cours que nous dispensons ne sont pas de simples exercices physiques. Les personnes que tu vois ici ont choisi de donner une place essentielle au service des autres.

— Comment pourrais-je oublier ?

— Il ne s’agit pas d’effacer tes amis ni ce que tu as vécu. Il s’agit de dépasser la douleur pour qu’elle puisse devenir une force de compassion. Tu as eu la chance d’échapper à ce fléau. Considère cette chance comme un cadeau du ciel et cherche ce que tu peux en faire de bon.

» Tu devras continuer à prendre soin de ton corps et à le préparer au travail intérieur. C’est une démarche de longue haleine. Elle demande de la patience, de la persévérance, de la compassion, du discernement, du détachement et de la maîtrise de soi.

» Tu rencontreras forcément des oppositions, car une grande confusion entoure ces sujets. Pour beaucoup, l’ésotérisme évoque les sorciers et les charlatans. L’inconnu suscite parfois la peur, et l’être humain rejette facilement ce qu’il ne comprend pas ou ce qui dépasse le cadre de ses raisonnements.

» Cette méfiance s’explique aussi par les abus. Certains acquièrent quelques connaissances, puis cherchent à s’enrichir en exploitant la détresse de personnes fragiles ou malades. Tu devras veiller à ce que ta conduite ne prête jamais à une telle confusion.

» Ce que tu découvriras auprès de nous élargira peut-être ta manière de percevoir la vie. Accueille-le avec humilité et discernement. Préserve l’intimité des enseignements que tu recevras et n’en fais usage que pour le bien. Si tu parviens un jour à apporter du soulagement, n’exige ni récompense ni salaire en retour.

» Notre école possède une règle d’or : les dons reçus engagent celui qui les utilise. Selon notre compréhension des lois karmiques, leur mauvais usage entraîne des conséquences et peut conduire à leur perte.

» Enfin, participer à des cours de magnétisme ne suffit pas pour se déclarer guérisseur. Une vie entière peut ne pas suffire à former celui qui aspire à le devenir, tandis que d’autres découvrent spontanément des dispositions qu’ils n’avaient jamais recherchées.

Je suivis les cours de Kaly pendant sept ans. Il nous enseignait la méditation et le pranayama, une pratique du souffle issue du yoga.

Dans la tradition qu’il transmettait, le prana était décrit comme l’énergie vitale présente dans tout l’univers. Les exercices respiratoires avaient pour vocation d’apaiser les tensions et de favoriser une circulation harmonieuse de cette énergie.

Selon cet enseignement, le corps était parcouru de nombreux canaux subtils, appelés nadis. Kaly évoquait cent huit courants principaux et établissait des rapprochements avec les méridiens de la tradition chinoise. Ces canaux formaient, dans sa représentation, un vaste réseau reliant les différentes régions du corps.

Il nous expliquait que les chocs émotionnels et les tensions pouvaient perturber cet équilibre. Dans cette lecture ésotérique, certains désordres physiques étaient précédés de perturbations des corps subtils, notamment éthérique et astral. Le magnétisme visait alors à rétablir une harmonie énergétique. Cette conception appartenait à l’enseignement spirituel de l’école ; elle ne constituait pas un diagnostic médical.

Kaly attribuait également aux mains des fonctions complémentaires : la droite était associée à la stimulation et à la diffusion des fluides, la gauche à l’apaisement. Nous apprenions différentes passes, transversales et longitudinales, ainsi que des exercices de concentration.

Le premier contact consistait à prendre doucement les poignets de la personne et à percevoir son pouls. Ce geste devait, selon lui, favoriser une relation de confiance et nous rendre attentifs à l’autre. Nous visualisions ensuite une lumière bleu indigo autour de la personne, comme une enveloppe protectrice.

Kaly continua  :

— À mesure que tu apprendras à venir en aide aux autres, tu découvriras peut-être de nouvelles possibilités. Dans notre tradition, certaines formes de travail intérieur peuvent aussi s’envisager à distance.

» Tu rencontreras des êtres qui auront besoin d’écoute et de soutien. Habitue-toi à rester disponible, quelles que soient les circonstances. Il ne sera pas toujours nécessaire qu’ils connaissent ta démarche : l’essentiel sera la qualité de ta présence.

» Certaines rencontres te sembleront dues au hasard. Tu pourras y reconnaître des synchronicités et y chercher un sens, sans prétendre connaître d’avance ce que l’autre attend de toi. Chaque personne demande une attention particulière.

» Considère ces rencontres comme des invitations à la responsabilité. Dans notre vision, elles peuvent être liées au karma. Mais ne te crois jamais investi d’un pouvoir sur la vie d’autrui. Approche chacun avec respect, sans imposer ton aide.

» Une présence attentive peut déjà apporter du réconfort. Certaines personnes se sentiront naturellement apaisées auprès de toi. D’autres non. Accueille cette différence avec simplicité.

» Certains praticiens disent percevoir l’aura et y reconnaître des signes. Si cela t’arrive, conserve ton discernement. Une perception intérieure ne suffit pas à établir la cause d’une maladie.

Il poursuivait en décrivant les présences spirituelles auxquelles il se référait :

— Dans notre enseignement, deux intelligences du monde invisible accompagnent ce travail. Nous les appelons des anges et les rattachons au cinquième règne de la nature. L’une se tient symboliquement à droite, l’autre à gauche.

» Celle de droite est associée au centre situé au sommet de la tête, le brahmarandhra. Elle représente l’intuition et la clarté intérieure. Celle de gauche est reliée au centre du cœur, anahata. Elle nous rappelle que toute démarche d’aide doit être fondée sur l’amour et le pardon.

» Ces présences sont aussi, pour nous, des guides sur le chemin des rencontres importantes. Ne te vante jamais de posséder des dons particuliers. Il est souvent préférable de laisser parler tes actes.

» Que la volonté d’accomplir le bien demeure ta seule motivation. Ce qui nourrit l’orgueil risque de troubler ton discernement et de t’éloigner du service.

» Ne livre jamais brutalement une impression qui pourrait inquiéter quelqu’un. Prends du recul. Demande-toi ce que tu sais réellement, ce que tu supposes et ce qu’il convient de dire. Tu apprendras ainsi à unir la sensibilité à la prudence.

» Dans ton recueillement, cherche auprès de tes guides l’inspiration nécessaire pour accompagner les autres avec justesse. Souviens-toi cependant que le choix d’un traitement et le diagnostic d’une maladie relèvent de professionnels de santé qualifiés.

» Cherche à comprendre les causes de la souffrance, mais demeure joyeux et présent à la vie.

La première leçon de Kaly est celle dont je garde le souvenir le plus vif, tant l’expérience fut forte. Il choisissait un sujet sur lequel il avait médité la veille, puis le développait avec nous en présentant différents aspects de sa pratique.

Ce jour-là, il nous parla de la loi de polarité et du rôle qu’il lui attribuait dans les rapports entre les corps physique, éthérique et astral. La connaissance de ces polarités occupait une place essentielle dans son enseignement.

Il nous donnait également des cours d’anatomie afin de nous transmettre quelques bases sur le fonctionnement du corps humain.

Après la partie théorique, nous nous placions par deux pour une séance de magnétisme d’environ trente minutes. Pour mon premier exercice au sein du groupe, je fus accompagné par une dame que je ne connaissais pas.

Elle prit mes poignets entre ses mains, puis effectua des passes longitudinales et transversales, également appelées dans l’école « passes atlantes ». Ses mains se déplaçaient à une trentaine de centimètres de mon corps, de la tête aux pieds. Ces gestes avaient pour intention d’harmoniser les courants d’énergie autour des principaux centres, ou chakras. Ils étaient suivis de passes plus rapides, dites de dégagement.

Je m’allongeai au sol et fermai les yeux. Je sentis mon corps se relâcher peu à peu. Une chaleur douce m’envahit, accompagnée d’un profond sentiment de plénitude. À l’intérieur de moi, dans la région située entre les sourcils, je percevais une lumière délicate. Des symboles apparurent ensuite, puis je sentis un souffle frais sur mon front.

J’avais l’impression que la séance venait à peine de commencer. Pourtant, quarante minutes s’étaient écoulées.

Une fois par mois, Kaly organisait un séminaire. Nous y pratiquions la méditation et le hatha-yoga avec son épouse, Isabelle. Des conférences étaient également consacrées au végétarisme et à la nutrition.

Kaly se montrait réservé à l’égard du spiritisme, du tarot, de l’astrologie et des pratiques divinatoires. Selon lui, ceux qui s’y adonnaient n’en mesuraient pas toujours les implications. Révéler à quelqu’un des éléments supposés de son avenir ou de son passé pouvait le troubler profondément, surtout s’il n’y était pas préparé.

Isabelle était considérée dans le groupe comme une médium remarquable. À la demande répétée des élèves, Kaly accepta exceptionnellement qu’elle propose une séance consacrée aux vies antérieures.

Elle choisit cinq personnes dans l’assemblée. Je fus l’une d’elles.

Je m’allongeai au milieu de la pièce. Kaly pratiqua une séance de magnétisme pendant qu’Isabelle se recueillait. Mon corps se détendit et je perçus de nouveau des lumières dans la région située entre mes sourcils. Isabelle s’approcha et commença à décrire ce qu’elle disait voir de mon passé :

— Je te vois exercer un métier où tu manipules le feu, peut-être celui de forgeron. Dans une autre vie, tu étais un petit garçon qui s’était accidentellement retrouvé suspendu à une poutre en jouant. Tu n’en étais pas mort, mais cet événement avait eu de lourdes conséquences sur ton existence.

» Je te vois aussi sur un navire appartenant à une personnalité importante, peut-être un roi. Tu étais navigateur ou simple marin. Cela pourrait expliquer ton attirance pour les bateaux et le sentiment de proximité que tu éprouves envers les personnes noires. Tu as peut-être longtemps vécu auprès d’elles, ou étais-tu toi-même noir.

Ces évocations suscitaient en moi une résonance profonde. Sans pouvoir en vérifier l’origine, je les rapprochais spontanément de certains souvenirs.

Dans ma jeunesse, j’avais connu des problèmes au niveau de la gorge, liés à la glande thyroïde. Enfant, j’avais également acheté une magnifique maquette de bateau. Je me souvenais très bien de l’avoir choisie dans un immense rayon rempli de modèles.

J’avais été attiré par le Soleil Royal, un vaisseau de Louis XIV. Je m’étais souvent demandé pourquoi j’avais choisi précisément celui-là. Je ne possédais pourtant pas une grande expérience de maquettiste, et un modèle plus modeste aurait été plus raisonnable. Il m’avait fallu près de quatre mois pour le terminer.

Ces rapprochements nourrissaient mes interrogations. Ils ne constituaient pas des preuves, mais ils prenaient une place particulière dans mon cheminement intérieur.

Une idée associée à l’enseignement du Bouddha m’accompagnait également : chercher une voie qui ne soit ni celle des excès ni celle des privations extrêmes, mais celle du juste milieu.

En parallèle des cours de Kaly, Olivier et Dominique pratiquaient le bouddhisme de Nichiren Daishonin au sein d’un mouvement se référant aux enseignements de Daisaku Ikeda.

Leur pratique comprenait la récitation quotidienne de passages du Sutra du Lotus et du mantra Nam-myoho-renge-kyo devant le Gohonzon, objet de dévotion de cette tradition. Ils accordaient aussi une grande importance à la transmission de leur pratique. Ils employaient le terme shakubuku pour désigner cette démarche, qui consistait notamment à faire connaître leur enseignement et les bienfaits qu’ils lui attribuaient.

Je respectais profondément leur engagement, mais je ne souhaitais pas rejoindre leur mouvement. La récitation régulière et l’importance accordée à la conversion d’autres personnes ne correspondaient pas à mes aspirations.

Cela me rappelait certaines démarches rencontrées auprès des témoins de Jéhovah ou d’autres communautés religieuses. Pour ma part, je ressentais le besoin de poursuivre une recherche spirituelle personnelle, sans adhésion à un mouvement particulier.

Je pouvais suivre un enseignement et apprendre auprès d’un groupe sans souhaiter pour autant lui confier l’ensemble de ma vie spirituelle. Cette position ne m’amenait pas à juger ceux qui faisaient un autre choix. Il existe des communautés sérieuses, capables d’apporter un soutien précieux.

Je pensais simplement qu’il n’était pas nécessaire de chercher à engager toutes les personnes rencontrées dans une même discipline. Lorsqu’une démarche naît d’un élan intérieur, elle possède une force particulière.

Le bouddhisme, dans sa diversité, demeurait néanmoins l’une des traditions dont je me sentais le plus proche, par les questions qu’il soulevait et les perspectives qu’il ouvrait.

L’école de Nichiren n’en représentait qu’une branche. Pour mieux comprendre cette tradition, je revins au récit de la vie du Bouddha.

Selon les récits traditionnels, Siddhartha Gautama, également appelé Shakyamuni, grandit dans un milieu princier. Sa famille souhaitait le préserver des souffrances du monde et le destinait à une vie de pouvoir et de responsabilités.

Mais la protection du palais ne pouvait répondre aux questions qui s’éveillaient en lui. Que se passait-il au-delà de ses murs ? Quelle était la réalité de l’existence humaine ?

La tradition raconte que ses sorties lui firent découvrir un vieillard, un malade, un mort et un ascète. Ces rencontres bouleversèrent sa vision de la vie. Il prit conscience de la vieillesse, de la maladie et de la mort, mais aussi de la possibilité d’une recherche spirituelle.

Pourquoi l’être humain devait-il traverser de telles épreuves ? Existait-il un chemin pour comprendre la souffrance et s’en libérer ?

Ces questions devinrent essentielles. Il quitta sa vie princière, sa famille et ses privilèges pour se consacrer à cette recherche.

Après des années de pratique et de méditation, il connut l’éveil et fut appelé le Bouddha, « l’Éveillé ». Dans la tradition bouddhique, cet éveil correspond à une compréhension profonde de la souffrance, de ses causes et du chemin qui mène à sa cessation.

Le nirvana désigne cette libération. À travers ma sensibilité spirituelle, je l’imaginais comme un état de paix qui dépasse les conflits ordinaires de l’existence.

Je découvrais dans le bouddhisme une invitation à examiner l’expérience humaine avec attention. Ses différentes écoles proposaient des pratiques et des interprétations variées, mais toutes me ramenaient à une question : comment transformer notre manière de vivre pour réduire la souffrance et développer la sagesse ?

L’enseignement sur la causalité retenait particulièrement mon attention.

Nos actes produisent des effets. Nos paroles, nos pensées et nos décisions participent à façonner notre existence et celle des autres. La notion de karma m’invitait ainsi à considérer la responsabilité engagée dans chacun de mes choix.

Si l’on plante une graine, elle peut devenir un arbre, à condition que la terre, l’eau, la lumière et le temps lui permettent de croître. De la même manière, une action s’inscrit dans un ensemble de circonstances. Ses effets ne dépendent pas d’elle seule, mais elle y contribue.

Si cet arbre nourrit, abrite et enrichit son environnement, le geste initial devient une source de bienfaits. Cette image m’aidait à comprendre ce que pouvait signifier « planter une bonne cause ».

Je ne voyais pas cela comme une simple récompense accordée par la vie. J’y reconnaissais plutôt l’expression des liens qui unissent nos actes à leurs conséquences.

Dans ma compréhension spirituelle, certaines pensées favorisaient également certaines rencontres. Lorsque nous cultivons l’attention, la générosité et le désir d’aider, nous devenons peut-être plus disponibles pour reconnaître les occasions d’agir.

Dès lors, une idée s’imposait : nous pouvons commencer, dans le présent, à créer les conditions d’un avenir plus juste.

Mais qu’est-ce qu’une cause positive ? Et quelle place l’intention occupe-t-elle dans les conséquences d’un acte ?

Une collision involontaire avec un animal peut provoquer la même blessure qu’un geste délibéré. Pourtant, l’intention n’est pas identique, et elle compte dans la compréhension bouddhique du karma. Il convient donc de distinguer les conséquences concrètes d’un événement de la responsabilité morale de celui qui y participe.

Cette réflexion ne permet pas davantage d’affirmer que toute personne victime d’un accident ou d’une maladie aurait provoqué son malheur. Une telle conclusion réduirait la complexité de l’existence et risquerait de faire porter à ceux qui souffrent un poids supplémentaire.

Pour moi, la causalité devait surtout devenir une invitation à la vigilance : quelles conséquences mes paroles et mes gestes peuvent-ils avoir ? Comment agir avec davantage de justesse ?

Je m’intéressai aussi à différentes voies du yoga, qui proposaient chacune une manière de travailler sur soi.

Le raja-yoga accordait une place centrale à la discipline intérieure, à la concentration et à la méditation. Il invitait à mieux connaître les mouvements de l’esprit pour ne plus être constamment entraîné par eux.

Le bhakti-yoga, voie de la dévotion, s’appuyait sur l’amour et l’offrande de soi au divin. J’y reconnaissais une aspiration à dépasser l’égoïsme et à ouvrir le cœur.

Le karma-yoga, voie de l’action, proposait d’agir avec sincérité sans s’attacher exclusivement aux fruits de ses actes. Il ne s’agissait pas de s’agiter sans cesse, mais de donner à l’action une qualité de présence et de désintéressement.

Ces voies me semblaient différentes façons de répondre à une même aspiration : accorder la pensée, le cœur et les actes.

Avant son éveil, le Bouddha avait lui-même traversé des expériences éprouvantes. Selon les récits traditionnels, il avait suivi plusieurs maîtres et pratiqué une ascèse rigoureuse.

Certains chercheurs spirituels pensaient pouvoir se libérer en soumettant le corps à des privations extrêmes. Siddhartha s’engagea dans cette voie, jusqu’à comprendre qu’un corps épuisé ne favorisait pas nécessairement la clarté de l’esprit.

Il renonça alors à ces excès et poursuivit sa recherche autrement. La voie du milieu prit ainsi pour moi tout son sens : ne pas se perdre dans la recherche des plaisirs, mais ne pas se détruire non plus par une discipline sans mesure.

Une image illustrait à mes yeux cet enseignement.

Un insecte était posé sur une feuille emportée par une rivière. Près d’une berge, les remous menaçaient de le projeter contre les pierres ; près de l’autre, il risquait de rester prisonnier des branches. Au milieu du courant, la feuille retrouvait une trajectoire plus régulière.

Cette scène devenait pour moi une métaphore de l’équilibre : avancer sans se laisser enfermer par les extrêmes.

Au fil des siècles, les enseignements bouddhiques s’étaient transmis dans des langues et des cultures différentes. Plusieurs écoles étaient apparues, chacune développant ses pratiques, ses textes et ses interprétations.

Dans la tradition de mes amis, la transmission était comparée à de l’eau versée d’un récipient dans un autre. Cette image me faisait réfléchir. Quelques gouttes peuvent rester dans le premier récipient ; le second possède aussi sa forme, sa matière et son histoire.

Je voyais dans cette métaphore la difficulté de transmettre une expérience intérieure par les mots. Chaque génération reçoit un enseignement, cherche à le comprendre et lui donne une expression particulière. Cette diversité pouvait entraîner des divergences, mais elle témoignait aussi de la rencontre entre une tradition et les êtres qui la faisaient vivre.

Parmi les grands courants du bouddhisme figurent notamment le Theravada, le Mahayana et le Vajrayana. Leur diffusion à travers l’Asie a donné naissance à de nombreuses écoles, jusqu’au Japon et, plus tard, dans d’autres régions du monde.

Ce qui me touchait le plus demeurait l’invitation à regarder en soi.

Dans certaines traditions bouddhiques, chacun possède la possibilité de faire émerger l’état de bouddha, c’est-à-dire de développer une sagesse et une compassion qui ne soient plus dominées par l’ignorance et les passions.

Je comprenais cette idée comme un appel à reconnaître notre nature profonde et à transformer les tendances qui nous éloignent de la paix. La méditation constituait, pour moi, l’un des moyens privilégiés de cette rencontre intérieure.

Dans les temples, la représentation du Bouddha assis rappelait cette stabilité, cette présence et cette disponibilité de l’esprit.

La posture du lotus occupe également une place importante dans certaines pratiques du yoga et de la méditation. Le dos droit symbolise et favorise une attitude d’éveil, sans que la recherche de la posture doive devenir une contrainte douloureuse.

Dans le modèle des sept principaux chakras qui m’était enseigné, les centres étaient disposés le long de l’axe du corps : muladhara, svadhisthana, manipura, anahata, vishuddha, ajna et sahasrara, ce dernier étant associé à la région du sommet de la tête.

Certaines traditions ésotériques établissent aussi des correspondances entre ces centres et les astres. J’y découvrais un langage symbolique reliant l’être humain au cosmos.

Ces rapprochements nourrissaient ma réflexion sur les liens entre le ciel, la Terre et notre vie intérieure. Beaucoup de questions demeuraient ouvertes, et je sentais que mon exploration ne faisait que commencer.

À suivre…